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La Cité du Vivant

Il n’y a rien de plus familier et paradoxalement, de plus mystérieux et de plus impressionnant que le fonctionnement du corps humain. Il y a là une intelligence du vivant, une intelligence sensitive, relationnelle et collective digne de s'émerveiller. En effet, chaque jour, ce sont 10.000 clignements de paupière, 20.000 respirations et 100.000 battements de cœur qui alimentent la vie de chaque Être humain. Les 640 muscles de notre corps se renouvellent tous les 15 ans, sont susceptibles d'entrer en action quand on le désire et s'harmoniser avec nos 206 os, ceux-ci se régénérant tous les 10 ans sans aucune injonction, victimisation, pouvoir sur l'un ou l'autre, marchandisation, voir manifestation. Le muscle le plus actif, notre coeur, oeuvre dans le don le plus total 7 jours sur 7, 24 h sur 24 avec un potentiel que nous dévoilons chaque jour un peu plus pour l'inscrire au-delà des 110 ans. Quand à notre cerveau, il possède plus ou moins 100 milliards de neurones, ce qui équivaut à 100.000 giga octet pour les plus geeks d'entre nous. Ce chiffre est évolutif puisque nous pouvons fabriquer des neurones et progresser à tout âge, même si la plasticité neuronale se ralentit à partir de 70 ans, aux dires des scientifiques à ce jour, les informations variant à chaque nouvelle étude.

Le corps peut se réparer tout seul puisque nous disposons de puissantes possibilités d'auto-guérison ; quel engagement et quelle responsabilité ! Quand à nos cellules, merveilles de la nature, elles sont attentives, solidaires, communiquent entre elles, sont adaptables, se considèrent d'égales à égales, font preuve de créativité, agissent de façon naturelle, sont toutes connectées, s'activent dans le don et dans la transmission. Comment évoquer ces multiples intelligences à l'oeuvre sans noter le rôle des anticorps qui détectent les éléments étrangers qui pénètrent dans l'organisme et informent le système immunitaire de tout danger afin que celui-ci intervienne pour permettre à l'équilibre et à la santé de l'ensemble de se maintenir.

Nous pourrions poursuivre l'énumération très longtemps tant le grand livre de notre Cité intérieure représente une des grandes sagesses du vivant.

Dans cette Cité du vivant, les différentes intelligences sont organisées et évolutives. Si nous poursuivons la métaphore, où est donc le médecin, l'infirmier d'urgence, le veilleur, le gardien, le citoyen, le policier, le banquier, le balayeur, le plombier, les ministères et le gouvernement, ... ? Ils sont "en chacun.e" et en tout. Chaque molécule et chaque système informe le particulier et l'ensemble de tout déséquilibre, des hiatus existant dans les flux et les transactions qui s'opèrent à chaque seconde, afin de maintenir le programme initial de santé - pour la plupart des cas - et ceci sans notre intervention.

Le seul mouvement qui permet cette écoute du vivant est un retour régulier en notre intériorité, en une méditation profonde permettant l'écoute de ce qui est et se meut à l'intérieur. Bien sûr les pensées et leur qualité, au même titre que la nourriture et le souffle, font partie intégrantes des mouvements intérieurs.

L'agir dans le monde peut se situer dès lors en miroir à ce grand orchestre des intelligences du vivant.

Cette merveilleuse création nous emmène humblement à observer et entendre que la phrase sésame sculptée sur le Temple de Delphes : "Connais-toi toi-même", n'invite pas simplement à une introspection personnelle d'ordre psychologique, mais bien à une métaphore et une conscientisation vers notre réalité humaine universelle. Nous pourrions nous en tenir à la "connaissance" de cette création qu'est le corps humain, toutefois la différence est grande entre connaître le chemin et arpenter le chemin.

Et même ainsi, le livre de la Vie demeure si vaste et mystérieux que l'Homme restera toujours sur le bord de la rive comme l'évoque humblement Carl Gustav Jung (1) : « Quand on dit de moi que je suis un sage, que j’ai accès au savoir, je ne puis l’accepter. Un jour, un homme a empli son chapeau d’eau puisée dans un fleuve. Qu’est-ce que cela signifie ? Je ne suis pas ce fleuve. Je suis sur la rive, mais je ne fais rien. Les autres hommes sont au bord du même fleuve, mais la plupart du temps ils imaginent qu’ils devraient faire les choses par eux-mêmes. Je ne fais rien. Je ne pense jamais que je sois « celui qui doive veiller à ce que les cerises aient des tiges. Je me tiens là, debout, admirant ce dont la nature est capable ».

C'était il y a près de 50 ans ...

Hier un maraîcher évoquait à la télévision, avec force et conviction, qu'il devait "pousser les brins de muguet" pour qu'ils soient éclos le 1er mai.

Dompter la nature ou entrer à son écoute, l'honorer et la laisser nous enseigner est un choix de chaque instant. En chaque Être en en chaque souffle est la réponse. En cela les pensées et les créations du Vieil homme (2) en chacun.e de nous et en nos sociétés, dont certaines traditions, représentations et croyances sont à revisiter, à passer au tamis fin et à laisser mourir lorsqu'elles ne prennent pas soin de la Vie.

La sagesse du vivant se tient sur chaque seuil traversé par les ombres du Vieil homme et se tient prête à nous révéler notre véritable Humanité, reliée, solidaire, aimante et pleinement vivante.

(1) C.G. Jung, « Ma vie » - Souvenirs, rêves et pensées, Gallimard, 1973, p. 559.

(2) "Le Vieil homme" pour Jung représente l'ombre et "l'homme de plusieurs millions d'années qui habite en nous".

Maryvonne Piétri

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